Thèse

Deux questions, pas une.

La plupart des analyses sur l’intelligence artificielle répondent à une question : qu’est-ce que ça change. Comment le travail se recompose, comment le marketing s’opère, ce que les agents savent faire aujourd’hui et ce qu’ils ne savent pas encore. C’est une question de praticien, et je la travaille depuis le terrain, fonction par fonction, en distinguant ce qui mord déjà de ce qui reste une promesse.

Il y a une seconde question, qu’on pose moins : qu’est-ce que ça vaut. Pas pour l’utilisateur, pour le capital. Le cycle d’infrastructure qui porte cette technologie engage des montants sans précédent, et l’écart entre ce qui est annoncé et ce qui est contractuellement engagé est devenu le vrai sujet. Lire ce cycle demande une autre grille que l’enthousiasme : celle de l’allocation, du retour sur capital investi, de la qualité comptable des marges. Une grille value, au sens de Buffett et Munger, qui distingue la valeur économique réelle du récit de croissance.

Ces deux questions ne sont pas séparées. Ce qui change dans les organisations détermine, à terme, ce que la technologie vaudra. Et ce que le marché est prêt à payer aujourd’hui conditionne ce qui sera financé, donc ce qui changera demain. Tenir les deux bouts en même temps est inconfortable. C’est aussi, je crois, la seule manière de ne pas se faire prendre, ni par le hype des vendeurs, ni par le scepticisme de principe.

Ce site est le carnet de ce travail. Les analyses du Journal alternent entre les deux axes. Certaines tiendront, d’autres seront démenties par les faits ; quand ce sera le cas, j’y reviendrai. Je ne sais pas où ce cycle se situe exactement, ni quand l’écart entre les promesses et les résultats se refermera. J’observe, je date mes constats, et je les confronte au temps.